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LA FERME PROVENCALE

Pourvue d'un escalier extérieur, la ferme provençale se divisait en deux parties.. Le rez-de-chaussée servait de remise aux paysans. Le premier étage lui, comprenait les pièces d'habitation proprement dites. Dans sa remise, le paysan rangeait ses charrues, charrettes et ses divers instruments. De même, il y plaçait ses récoltes : provisions d?aulx et d?oignons mis en tresses, pommes d'amour (tomates) pommes de terre, betteraves etc.? Enfin, ce rez-de-chaussée abritait le cheval ou mulet et la chèvre que chaque paysan possédait.

Les hommes ne montaient au premier étage que lorsque la journée s?achevait, à la nuit tombante. La cuisine de la bastide était la pièce principale de la maison. C?était là, un domaine réservé aux ménagères et aux jeunes filles, qui, au cours de la journée, y exécutaient les tâches quotidiennes du ménage.

Lorsque les murs de plâtre de cette pièce commune étaient trop sales, on les badigeonnait à l?ocre jaune.
Toute la maisonnée s'y retrouvait, à l?heure des repas. La maîtresse de maison s?activait autour du potager (lou poutagié) tandis que les hommes prenaient place autour de la table. Placé à côté de la cheminée, lou poutagié, était le fourneau sur lequel la maîtresse de maison préparait le repas. Construit en dur et blanchi à la chaux, lou poutagié était un ouvrage de maçonnerie qui comportait trois petites ouvertures en ogive destinées à recevoir les cendres du foyer. Dans la partie inférieure du potager, on rangeait le tonnelet à vin. Attenante au potager, la cheminée provençale était parfois appelée crémacle (crémaillère). L'Ferme.jpgâtre était vaste et accueillant. On y suspendait le grill, l?écumoire et le trépied. Au cours de l?hiver, on y préparait la soupe et les ragoûts fumants. Puis quand venait l?heure de la veillée la petite famille augmentée des voisins et amis se rassemblait autour d?une belle flambée dans la cheminée. À la fin de la soirée, le maître n?oubliait jamais de recouvrir les cendres de la tarasco ou tarasque, ce bouclier de fer qui évitait bien des accidents.

Dans un coin de cette grande pièce qu?était la cuisine se tenait le tamisadou, le buffet figurait jadis dans presque toutes les bastides. Conçu comme un meuble, le tamisadou prenait place, tout comme le pétrin et la panetière. Ainsi la maîtresse de maison pouvait elle préparer le pain, mais aussi tous les plats et desserts à base de farine, sans sortir de la pièce. Dans le tamisadou, elle avait sa réserve de farine qu?elle blutait au fur et à mesure de ses besoins. Ce qui ne passait pas à travers le tamis était destiné aux bestiaux. Selon la fortune des fermiers lorsqu?ils s?étaient mis en ménage, le tamisadou était plus ou moins ouvragé. À l?époque on s?adressait au menuisier du village pour le fabriquer et on lui avait demandé de faire certains motifs décoratifs afin de le placer honorablement dans la pièce commune. Les paysans sans fortunes rangeaient leurs tamisadou quelque peu grossiers dans une pièce attenante appelée "cafouchi" (cellier) où il était moins en vue. Deux meubles symbolisaient naguère le foyer provençal : la "Martro" ou pétrin et la "panièro" ou panetière.

Tous deux figuraient dans le mobilier que la jeune épouse devait apporter au ménage, le jour de ses noces. Ils marquaient la fondation du ménage.
Des meubles provençaux, la "paniero" (panetière) que l?on plaçait au-dessus du pétrin était le meuble le plus décoré. Toutes les fantaisies étaient acceptées par l?artisan du village charger de la réaliser. Généralement, cette panetière portait les symboles du bonheur et de la prospérité : épis de blé, roses, branche de laurier, d?olivier, de myrte, soupière familiale, cœurs unis etc?

La panetière assurait la conservation des pains dans l?intervalle des fournées familiales. La "martro" ou pétrin, placée juste en dessous, servait non seulement à pétrir le pain mais encore à conserver certains aliments. Lorsqu?on abandonna l?usage de fabriquer son propre pain, la "martro" devint un simple garde-manger et bien des années plus tard, certains le transformeront en bar. Dans chaque foyer, une image pieuse, accrochée à la panetière, était destinée à protéger le pain de la famille.
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