On avait souvent la coutume de prêter aux habitants d’un village des qualités ou des travers, des compétences ou des défauts les distinguant des habitants des localités voisines.
Qu’en est-il pour les gens d’Auriol ?
Villeneuve dépeint ainsi les Auriolais du début du XIXe siècle : ... « en général d’un caractère gai, ennemis du chagrin et de tout ce qui peut attrister... Tous travaillent, mais seulement pour suffire à la conservation de leurs capitaux,... ils manquent rarement une occasion de se divertir. Les réunions y sont fréquentes et la plus grande union règne entre toutes les familles du pays... ils aiment aussi à recevoir les étrangers » (ici il faut entendre les Roquevairois par exemple !) « et à leur rendre agréable le temps qu’ils passent avec eux. Les moeurs, quoique un peu libres, n’en sont pas moins bonnes, et les mauvais exemples y sont d’autant plus rares que l’esprit public y est essentiellement bon... »
C’est donc une certaine joie de vivre, le goût du contact, la sociabilité, qui semble animer nos Auriolais et les caractériser. (Qu’en est-il aujourd’hui ?...)
Cette sociabilité s’exprime à cette époque par de nombreuses fêtes au cours desquelles se produit toujours un corps de musique militaire, célèbre dans la région... « La récolte des raisins, des figues... donne lieu à des réunions où la gaîté préside » Les fêtes traditionnelles sont l’occasion de longues réjouissances.
Ainsi la Saint-Éloi, fête des agriculteurs, est la plus importante.
« La Fête St Eloi annoncée la veille par le son des gros tambours, accompagnés de deux fifres et d’une clarinette... des aubades. À onze heures, une vingtaine de grands mulets ... richement carapaçonnés et harnachés portant sur leur tête d’énormes panaches de plumes..., montés par de robustes charretiers vêtus de leurs plus beaux habits »... et ce sont « des transports de joie qui éclatent ».
Après le signal du départ, “le cortège marche dans l’ordre suivant : le corps de musique ..., le capitaine de l’année et son enseigne portant chacun un drapeau ... avec l’image de Saint-Éloi »... Un “brillant escadron” ...
Enfin “la horde des chevaux, mulets et ânes, au nombre quelquefois de mille, ferme le cortège.
... Le curé donne la bénédiction ... le cortège fait ensuite deux fois le tour des principales rues du village. À deux heures ... bal sous les allées de platanes qui ornent la place du Pont ... plus de trente quadrilles au son du joyeux tambourin. On suspend le bal à 5 heures pour aller voir les courses et les jeux. Un festin est préparé dans la meilleure auberge du pays ... puis on procède à l’adjudication du capitanage ... on met aux enchères le mourraou » (filet richement décoré accroché au museau des bêtes de somme, richement décorée). « Le dernier enchérisseur est proclamé capitaine pour l’année suivante. On lui passe le mourraou au cou ... la même cérémonie a lieu pour l’enseigne. Un cortège se forme, les élus en tête, et fait plusieurs fois le tour du village en chantant, dansant et surtout buvant. »
Le groupe St Eloi actuel s’efforce de maintenir en vie cette tradition. Auriol s’efforce de rester ce qu’il a toujours été par le passé : une bourgade provençale. Chose ardue car il est devenu, comme les autres villages du bassin de l’Huveaune, une « cité dortoir » que de nombreux habitants quittent chaque jour pour aller travailler à Marseille, Aubagne ou Aix.
SOURCES :
Statistiques du département. Comité de Villeuneuve 1821-1829.
Encyclopédie départementale Masson 1913-1937.
Club cartophile Marseillais 1997.