C’est son adaptabilité aux évolutions de la vie courante qui lui ont permis de traverser les siècles parce qu’il est polyvalent par excellence, maniable et corvéable à souhait, fort et courageux, il a été engagé par l’homme, pour le meilleur comme pour le pire.
Compagnon des batailles meurtrières ou complice des escapades, il a su accompagner fidèlement l’homme dans ses innombrables entreprises. Traversant les ages, et les siècles avec la diversité de ses races (l’Ardennais, l’Auxois, le Boulonnais, le Breton, le Comtois, le Percheron, le Trait du Nord, le Cobs Normand, le Malassier Poitevin).
La variété infinie de ses formes, les mille nuances de ses robes, sous un aspect toujours multiple et nouveau, il demeure plus que jamais acquis à la cause humaine.
À une certaine époque, les laboureurs ont adopté la traction «moderne» du cheval au détriment de la tradition gauloise de l’attelage des bovins. Cette tendance se confirmera progressivement au fil du temps pour devenir quasiment coutumière à partir du Ve siècle.
L’utilisation du cheval aux champs se développera dans tous les pays occidentaux, pendant que l’usage des bœufs se poursuivra dans les nations les plus défavorisées de la planète, d’Afrique ou d’Asie.
Jeunesse retrouvée
Rendu à jamais éternel par les poètes et les écrivains romanciers de la chevalerie médiévale, le cheval de trait se reconnaîtra en sa qualité d’hippogriffe. On le distinguera aussi pour ses aptitudes à la locomotion, lorsqu’il s’agira pour lui de promener dans les rues de Versailles les raffinés de Louis XIII à bord de somptueux carrosses et de berlines royales. On le suivra également à Varennes, lorsqu'il transporte la royauté renversée à ses derniers instants. Mais on le verra fréquemment, ensuite, chargé de charrier les munitions et les vivres pour assurer la logistique et le ravitaillement des troupes sur le front des hostilités, Napoléoniennes, ou Hitlériennes, communistes plus récentes encore, « Milosévitchiennes » ...
Préposé au transport des marchandises et des hommes durant des millénaires, ce cheval plein d'endurance, d'ardeur et de bonhomie aussi, n'a pas toujours exercé de nobles tâches. Se souvient-on, par exemple, de sa condition de vie au XIXe siècle, dans les mines de charbon ? Enrôlé pour tirer les wagonnets dans les galeries souterraines, ce forçat exécutait sa pénible et répétitive tâche sans jamais plus revoir la lumière du jour, condamné à cette réclusion jusqu'au dernier soupir. Émile Zola s'en était inquiété, mais en vain !
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il fallait tout reconstruire, que les populations manquaient de tout et que la famine menaçait, l'homme n'a-t-il pas voué à l'hippophagie son plus fidèle compagnon ? Le cheval se serait probablement passé de cette nouvelle compétence, si le développement d'une telle activité économique n'avait pas été nécessaire pour la survie d'une société meurtrie par six années de privations. Mais c'est à n'en pas douter la modernisation du travail, via la mécanisation et la motorisation, qui va porter le coup de grâce à ces races pourtant si laborieuses. Tandis que, peu à peu, la machine prend le pas sur le cheval, la viande chevaline, pour sa part, supplantée par les viandes bovine, porcine et avicole disparaît progressivement des étals. Fortement menacés dans les années 80, les chevaux lourds (on les appelait encore ainsi), vont reprendre du service grâce à la ténacité des éleveurs et au soutien des Haras Nationaux qui vont petit à petit les réhabiliter dans leurs fonctions véritables vouées à la traction dans sa plus noble expression ... C'est depuis ce temps que le cheval de trait retrouve sa jeunesse aussi bien sur les chemins de randonnée, que dans les rues des villes pour les calvacades St Eloi et ce, pour longtemps !