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Un livre de Frédéric Mistral qui mériterait d’être mieux connu des Provençaux que nous sommes, et plus spécialement de ceux qui, comme nous, aimons parler du cheval et aussi des charretiers : ce sont ses “mémoires et récits”.
On y trouve un chapitre consacré en grande partie aux charretiers et aux rouliers de l’ancien
temps qui sur les routes de France, faisaient rouler de beaux équipages.
Ecoutons Mistral : “Oh les chevaux superbes ! Les gaillardes bêtes ! Les limoniers, les brancardiers, les cordiers, les chefs de file, tout cela était garni, harnaché à faire plaisir. Les muselières avaient des franges, les licols avaient des clochettes, les brides avaient des houppes de toutes les couleurs… Les colliers redressaient leurs chaperons hauts, et cornus ; les attèles des colliers, comme de grandes rênes, tenaient en l’air la longe dans les anneaux ; la laine des housses moutonnait sur le dos de leurs bêtes ; les couvertures brodées avaient des émouchettes ; les surdos, les ventrières, les croupières, les harnais, tout était contre pointé, ajusté en main de maître.”
La belle description de ces équipages, typiquement provençaux, qui ont tant de points communs
avec ceux qu’on préparait à Auriol comme dans la plupart des communes voisines.
Ce n’est point faire montre de chauvinisme que de souligner cette « provençalité » des attelages.
Elle témoigne simplement d’un particularisme bien marqué dont voici, toujours selon Mistral,
une des caractéristiques : “De Marseille à Lyon, les charretiers marchaient à gauche de leurs bêtes, ou, pour parler comme eux à dia de la man (à gauche de main).
Parce qu’en ce temps-là la longe de la rêne (Lou courdèu) se tenait du côté de l’attelage. Mais
l’usage de la Provence ne dépassait pas Lyon. A Lyon , le climat, le parler, tout changeait, il
fallait donc changer de main et tenir la rêne à droite”.
Et c’était ainsi qu’à partir de là, le collier à la Lorraine s’opposait à celui de la Provençale, le
collier à la Provençale, cornu, pointu, revêtu de peau teintée en bleu ou noir égayé de nombreux
grelots et de deux anneaux où passent les guides.
L’attelage des rouliers, dont il vient d’être question, est aussi celui des charrettes des cavalcades ou des carreto-ramado ; c’est l’attelage dit en flèche, ou en file, quand les chevaux sont à la queue leu leu. On donne le nom de limonier (lou limounié) à celui qui est entre les bras ou les limons de la charrette, et de chevillier (lou cavihié) à celui qui précède immédiatement. Quant à celui qui est placé plus avant c’est le cordier (lou courdié) ; le nombre de bêtes ainsi placées entre les “cordes” de l’équipage peut être, on le sait, beaucoup plus élevé suivant les organisateurs de Saint-Eloi.
Quant au cheval attelé en tête généralement puissant, fier, beau, c’est le devant (lou devans),
que l’on prend soin d'harnacher de façon superbe. D’où nous reste la locution employée pour
désigner quelqu’un de somptueusement vêtu ou paré : sèmblo un devan dè Sant-Aloï !